Carnets de voyages
Initiation au voyage à bord du Blue Note
 

31 août 2009

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Navigation familiale au cours de l’été 2008
30 jours embarqués, plus de 2.000 milles parcourus

Le Blue Note ! Voici le nom du compagnon qui, nous l’espérons, nous conduira autour du monde. Nous trouvons que ça sonne plutôt bien. La couleur de sa coque ravive notre appétit de mer et de ciel. Nos rêves de voyage s’emplissent de sonorités musicales depuis que, après quelques mois de recherche, nous avons déniché la perle rare dans le port de Loctudy près de Quimper.

Notre projet de partir deux ans en vadrouille prend forme. Nous avons tous hâte de découvrir notre compagnon de voyage. Il doit avoir du cœur et les épaules larges, ce bateau, pour vouloir embarquer autour du monde un tel équipage : un couple de marins franchement inexpérimentés et leurs trois enfants, âgés de 5 ans, 3 ans et cinq mois.


Nous tempérons notre impatience avec l’idée que notre première rencontre avec le Blue Note l’équipage au complet sera un beau prologue à notre « grand voyage » : il nous faut amener cet été le bateau à Golfe Juan dans les Alpes Maritimes, notre port d’attache. Les 3 stages au Glénans et l’année à l’Ecole de Course Croisière Méditerranée d’Antibes nous paraissent bien légers pour affronter le parcours qui nous attend : le Golfe de Gascogne, les côtes atlantiques espagnoles et portugaises, le détroit de Gibraltar, les côtes andalouses, les îles Baléares.

A l’arrivée, l’objectif est rempli : on atteindra Golfe Juan à temps pour la rentrée scolaire… mais on repassera pour faire du tourisme.
 


 

Les préparatifs

(7- 25 juillet, port de Loctudy et environs)

Dès le début des vacances scolaires, c’est notre homme et capitaine, Jean-Laurent qui a le privilège de prendre le premier possession du bateau. L’ancien propriétaire (merci encore pour l’accueil et le coup de main) lui passe la main en douceur la première quinzaine de juillet ; le temps d’installer un GPS, de voir le fonctionnement du régulateur d’allure lors d’une ballade aux Glénans, de mettre en place les lignes de vie et les filets, de réamorcer le moteur…

Mais aussi le temps de faire tout seul une petite ballade sur la rivière de l’Odet et de s’échouer deux fois ! Heureusement avec un peu de patience et la marée montante le Blue Note repart sans bobo.

Le 15 juillet, le reste de la petite famille embarque, les cabines sont vites attribuées, les « grandes » jouent comme des folles et bébé ne voit pas trop la différence ; par contre le capitaine si, après 15 jours de tranquille solitude à bord, d’autant qu’une grande partie de l’avitaillement suit.

Nous sommes sur bouée et la capitainerie de Loctudy commence à bien connaître ce petit équipage iconoclaste d’enfants en bas ages et de parents assez gauches sur leur premier bateau de 12 m.


Après quelques jours de bouée, nous rejoignons à 5 milles nautiques le port de Sainte Marine ; nous en profitons pour faire nos premier bords de travers dans la baie, un régal. La première manœuvre de port par fort courant et vent de travers nous surprend ; ça se résume à une belle bosse rompant la pure ligne bleue de notre voilier ! Il n’y en aura pas d’autre par la suite, mais à chaque manœuvre une bonne dose de stress est présente et les enfants sont expédiés dans le carré ; nous sourions en découvrant à notre retour le numéro d’août de Voiles et Voiliers qui titre les « manœuvres de port démystifiées ». Suit notre premier mouillage, dans la chambre aux Glénans où à marée haute la houle pénètre pendant trois heures et secoue bien le bateau. Jeanne se fait un premier bobo en tombant sur l’embase de l’étai largable, la tête ça saigne beaucoup, mais nous parvenons tant bien que mal à poser les stérilstrips ; une bonne couche d’argile aide à cicatriser, la guérison est rapide par la suite.


Le voyage

(26 juillet, port de Loctudy – 26 août, port de Golfe Juan)

Le Golfe de Gascogne

26 juillet, départ du port de Loctudy

Les côtes atlantiques espagnole et portugaise

29 juillet, arrivée au port de La Corogne (400 milles)

1er août, départ du port de La Corogne

2 août, arrivée au mouillage de Sardineiro après le cap Finistère (70 milles)

3 août, départ de Sardineiro

4 août, arrivée au port de Baiona (50 milles)

6 août, départ du port de Baiona

8 août, arrivée au port de Lisbonne (230 milles)

10 août, départ du port de Lisbonne

11 août, arrivée au mouillage d’Enseada de Belixe, après le cap Saint Vincent (120 milles)

12 août, départ d’Enseada de Belixe

Le détroit de Gibraltar

13 août, arrivée au port de Gibraltar (180 milles)

15 août, départ du port de Gibraltar

Les côtes andalouses

17 août, arrivée au mouillage après le cabo del Gata (190 milles)

18 août, départ du mouillage après le cabo del Gata

Les îles Baléares

  20 août, arrivée au mouillage dans l’avant-port d’Ibiza (210 milles)

21 août, départ d’un mouillage à Ibiza

23 août, arrivée au mouillage à Majorque, après le cap Formentera (150 milles)

24 août, départ du mouillage à Majorque, après le cap Formentera

La côte méditerranéenne française

26 août, arrivée au mouillage à l’Ile du Levant (face à Port Cros) (250 milles)

27 août, départ du mouillage de l’Ile du Levant

27 août, arrivée au port de Golfe Juan (150 milles)



Extraits du journal de bord

Le Golfe de Gascogne

De retour sur bouée à Loctudy nous nous sentons « prêts » à affronter le golfe de Gascogne. Le vendredi 25 juillet, les prévisions annoncent 5 à 6 nds de Nord Est pour le lendemain et pas de coup de vent prévu à 5 jours. Nous partons le 26 au petit matin. Ce seront d’abord 30 h de moteur qui rendent, avec la houle résiduelle, les enfants malades ; puis suivent 15 heures de travers Nord Ouest force 6 avec 3 m de vagues qui nous donnent enfin la satisfaction d’avancer à la voile.

Satisfaction de courte durée puisque dans la nuit du 27 juillet le vent s’oriente brusquement Sud Ouest, nous obligeant à progresser au pré. Le vent forcit, la mer est agitée : la seconde partie de la nuit est éprouvante. La fatigue accumulée aidant, le capitaine est complètement désorienté et décide de mettre à la cape en attendant d’y voir plus clair. Au petit matin Jean-Laurent est rasséréné et apte à faire les réglages qui conviennent calmement !

Le livre de bord résume la situation :

20h30 force 5 bon plein, GV 1 ris 5-6 nds

00h30 force 6 bon plein, GV 2 ris génois roulé au ¼ 6 nds

01h30 force 6-7 mer agitée bazar, cape

06h00 force 7 mer forte, GV 3ris génois roulé aux ¾ 6nds

Le vent de Sud Ouest se maintient avec la même intensité toute la journée du 28 puis finit par faiblir dans la nuit. Au matin du 29 juillet, les côtes espagnoles sont en vue mais nous progressons très lentement au large de Viveiro, nous décidons de nous aider au moteur. Ciel bleu, grand soleil, paysages magnifiques, la journée sera agréable ; dommage que nous avancions au moteur ! Mais nous ne nous sentons pas de passer une quatrième nuit en navigation et, après avoir été bien brassés et bien gîtés pendant 1 jour et demi, nous sommes trop heureux que le vent se soit calmé. En fin d’après-midi, la Corogne se montre enfin, le cap Finistère sera pour plus tard. Dans la baie, une petite brise nous permet d’arriver à la voile, un vrai bonheur !

Naviguer avec les enfants

Nous nous sommes bien sûr posés la question : fallait-il amener nos filles (5 et 3 ans) pour ce premier voyage, étant donné la longueur du parcours, notre petite expérience, leur inexpérience (elles n’étaient jamais montées sur un voilier auparavant), etc. ? Quant au petit dernier, qui ne buvait que le lait de maman, il serait forcément du voyage ! Malgré les difficultés qui ne manqueraient pas de se présenter, nous avons rapidement décidé de partir tous les cinq, car nous ne nous imaginions pas laisser nos filles pendant un mois, même dans d’excellentes mains. Nous avions tablé, il faut l’avouer, sur de meilleures conditions de vent que celles que nous avons eu. Maintenant que nous sommes arrivés à bon port, voici ce que nous en avons retiré : nous n’avons jamais regretté d’être partis tous ensemble et nous sommes convaincus que ce voyage a beaucoup apporté aux filles. Il y a eu des moments difficiles où nous nous sommes sentis tristes de devoir leur infliger la situation (mal de mer, bateau qui bouge beaucoup, bruits insolites et portes fermées la nuit sinon elles claquent, consignation dans le carré au départ et à l’arrivée dans les ports…) mais il y a eu aussi des moments merveilleux pour elles : les dauphins bien sûr, la fête à chaque arrivée dans un port, les baignades au mouillage notamment. En navigation, nous étions la plupart du temps disponibles pour raconter des histoires ou jouer. Quand ça n’allait pas, elles ont appris que si chacun y met du sien, on peut ensemble affronter une situation difficile. Elles ont éprouvé elles aussi la satisfaction de celui qui résiste et mène à bien son projet ; elles sont fières de leur bateau et de leur voyage.

Lorsque la mer est agitée, lorsqu’on est au pré et que le bateau gîte fortement, les enfants sont en permanence sur le pont, sauf la nuit. Ils sont fatigués et dorment plus que d’habitude. Pendant les périodes d’éveil, un peu d’imagination suffit pour les occuper ; les histoires se suivent et mettent en scène un nombre incalculable de princes et princesses, sirènes, sorcières méchantes qui détestent les belles et gentilles princesses, gros ours méchants qui raffolent des petits lapins, petits lapins qui filent entre les grosses pattes des méchants ours et d’autres personnages plus insolites inspirés par le paysage (baleine, dauphin, étoile des mers, poulpes, méduses etc.). Nous bénissons le jour où Jean-Laurent a fait l’acquisition d’une panoplie d’instruments d’éveil musical ; pour appeler nos amis les dauphins nous nous lançons dans des cacophonies improvisées qui rencontreront un succès inespéré : à plusieurs reprises dans l’Atlantique, les dauphins viendront nager et cabrioler autour du Blue Note, nous accompagnant un bout de chemin. Les filles, émerveillées, vont à l’avant du bateau les observer tandis que notre bébé joufflu, le beau Gabriel, agite avec enthousiasme le maraca et pousse des cris joyeux.

Après deux jours de vomissements, le mal de mer des enfants se calme. C’est surtout Jeanne, la cadette, qui y est sujette. Après diverses tentatives, il nous semble que le remède le plus efficace est de la faire manger, ce qu’elle réclame d’ailleurs à tout moment. Pendant le reste du voyage, il lui arrivera encore quelques fois de vomir, particulièrement lorsqu’elle avait faim ; en lui donnant à manger rapidement après, tout rentrait dans l’ordre.

Gabriel (5 mois) s’est adapté sans difficulté au bateau. L’allaitement maternel a été une clé de la réussite : préparer des biberons au pré avec une mer agitée à forte aurait été impossible. Le sein a été souvent le remède miracle, tant pour remplir le petit estomac vide que pour réchauffer et rassurer, en particulier la nuit en conditions difficiles, quand nous étions bien brassés et assaillis par toutes sortes de bruits insolites.

Port de La Corogne

Nous passons à La Corogne trois bonnes nuits ; la journée que nous consacrons à nous promener dans la ville est trop courte. La Corogne est une ville à taille humaine, nous la trouvons belle avec ses jolies façades et ses plages ventées. Ces moments de repos récupération nous permettent de réaliser que cette traversée était notre première grosse expérience de voile, elle nous laisse un peu groggy, ivres de mer et de nouvelles sensations. Bruits inquiétants, bruits berçants, bruits de la mer, eau qui coure contre la coque, eau qui s’immisce partout, glougloute dans les réservoir, bateau qui tape contre la mer, bateau qui tape ses passagers (ou passagers qui se tapent contre le bateau), bateau qui sillonne la mer, bouts qui s’arc bout, voiles qui se tendent, craquements. Bruits du vent, j’entends des voix ou des grincements ?


Au sud du cap Finistère

Après le cap Finistère le vent s’oriente Nord Ouest, nous connaissons enfin la tranquillité du portant ; vraiment tranquille avec 8 nds de vent, heureusement la mer est calme, Jean-Laurent met en ciseau, les voiles ne claquent pas, c’est partit pour 24 heures et 120 milles nautiques parcourus en toute quiétude ; le bateau ce n’est pas qu’un combat, il y a aussi les dauphins qui vous accompagnent un bout, les lumières qui n’en finissent pas de varier et les nuits étoilées comme jamais.


La gestion du sommeil

La gestion du sommeil ne pose pas les problèmes que je pensais et c’est un gros dormeur de 9 h qui parle (Jean-Laurent). En fait, de ce point de vue le bateau est très équipé.

Quand nous devons veiller, nous nous éloignons beaucoup des cotes, nous vérifions la route des cargos et nous utilisons soit le régulateur d’allure, soit le pilote monté sur le circuit hydraulique de la timonerie. Le pilote fonctionne bien par petit temps et au portant, il est de plus sans problème étalé par l’éolienne ; par contre au pré et quand le vent forcit nous passons sur le régulateur qui donne de très bons résultats en ne consommant rien. Au portant, l’aile touche le portique récemment ajouté, encore quelque chose à modifier… Dans ces conditions, celui qui est de quart se réveille toutes les trente minutes pour regarder les autres bateaux (assez rares) et vérifier si le temps change. La capitaine fait en général le milieu de la nuit entre la tété de 2 heure du matin et celle de 5 h ! La journée, les enfants sont fatigués par la navigation et se reposent 1 h le matin et deux heures l’après midi en même temps que Marion. Le capitaine somnole quant il peut !

Lisbonne

Nous gardons un beau souvenir de l’arrivée sur Lisbonne. Sous un ciel bleu et ensoleillé, une jolie brise nous amène à la voile presque jusqu’au coeur de la très belle ville de Lisbonne. Nous trouvons un havre de paix dans la petite marina Doca de Belem, à côté de la Tour de Belem, proche du centre-ville et située dans un cadre magnifique. Les enfants apprécient le grand parc qui s’étend devant le très beau Mosterio dos Jeronimos.


Gibraltar

Après le cap Saint Vincent nous voguons enfin vers l’Est nous rapprochant de la Méditerranée ! Et en plus au portant, l’étape d’une nuit jusqu’à Gibraltar est rapide et sans problème, l’arrivée à Gibraltar est impressionnante avec dans la baie des dizaines de cargo à l’avitaillement en carburant, un vent force 6, un clapot très creusé et anarchique, le soleil couchant, la sensation d’arriver aux portes de la Méditerranée dans ce Monaco Anglais et dans ce capharnaüm, la visite de dauphins ! L’étape permet néanmoins de retrouver la civilisation abandonnée depuis Lisbonne, d’avitailler en peanuts butter et de rencontrer les chimpanzés du rocher.

Les Baléares

Et c’est repartit pour 12 jours avec 4 nuits en mouillage, 8 nuits en navigation et une halte de 4 heures à Ibiza (125 € la nuit, on n’est pas resté et en plus le vent s’est mis à souffler dans la bonne direction pour rejoindre Majorque). La nuit au nord de Majorque nous apporte de nouvelles sensations avec un vent de 25 nds dévié par les nombreux grains autour desquels nous nous faufilons et la mer agitée et anarchique de Méditerranée. Par contre à la différence de l’Atlantique, l’eau projetée sur le bateau est relativement chaude et c’est presque un plaisir de faire les manoeuvres en pied de mat !


Les côtes méditerranéennes françaises, enfin !

Le 26 août, en fin de matinée, nous sommes en vue des côtes méditerranéennes françaises. Après une baignade entre les méduses devant la plage naturiste de l’île du Levant, face à Port Cros (non, nous n’étions pas au courant des coutumes locales quand nous avons choisi de mouiller là) et une bonne nuit, nous arrivons en fin d’après-midi au port de Golfe Juan. Les filles, devenues de vrais petites navigatrices, ont la permission exceptionnelle de rester assises à l’avant pendant les manoeuvres. Sur le quai, mamie trépigne et fait de grands signes, enfin rassurée.

Le bateau est amarré à Golfe Juan, l’objectif est atteint et nous en sommes très heureux. Au niveau navigation, nous pensons nous en être plutôt bien sortis, ça nous semble de bonne augure pour l’avenir. Mais quelle course contre la montre ce « convoyage » a été ! Nous formons intérieurement le voeu que, lorsque nous partirons pour notre grand voyage, nous parviendront mieux à échapper aux impératifs de calendrier. Il y a tant d’endroits où nous aurions aimé nous arrêter plus longtemps, tant de sites magnifiques seulement entre aperçus. Alors, c’est quand qu’on (re)part ?


 

Le bateau

Type : voilier dériveur intégral
Constructeur : CMPF à Fécamp
Architecte : Jean-Louis Noir
Modèle : VIA 36 (mais plutôt sur une base de 39 avec une jupe rallongée), longueur pratiquement 12 m
Matériaux : Aluminium AG4
Deux dérives pivotantes, timonerie, 71 m² de voile au pré




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